Un billet bref qui ne fera pas dans l’analyse politique ou juridique nécessaires mais à reporter à plus tard. Il ne s’embarrasse pas non plus des circonlocutions de circonstance lorsque l’on se prétend à une analyse objective tant la gifle fut violente et humiliante, même attendue. Avec l’annonce du projet constitutionnel hier par le Roi, la monarchie marocaine a dissipé les dernières chimères que d’aucuns pouvaient encore entretenir quant à sa capacité et surtout sa volonté à se réformer. En annonçant ce projet constitutionnel inacceptable de part sa teneur, mais surtout au regard de la conjoncture régionale et des aspirations exprimées par une partie du peuple marocain, en appelant à voter en sa faveur, le Roi n’est plus un acteur neutre, si jamais on aurait cru un jour à la fable de sa neutralité. Il a pris position en faveur de la continuation d’une monarchie ‘exécutive’ dominante, il l’assume, et utilise déjà les organes de l’État pour faire triompher sa volonté. Si les contestataires de ces derniers mois se sont évertués à éviter de contester directement le Roi ou la monarchie, cette dernière leur a épargné ces précautions en se positionnant directement et clairement dans le jeu politique et démocratique. La campagne de propagande pour le Oui à la nouvelle constitution qui monopolise les médias publics et à laquelle s’est jointe l’écrasante majorité de la classe politique dont le manque de crédibilité n’est plus à démontrer, augure bien de la nouvelle ère de démocratie dans laquelle nous entraine la volonté royale. Il est aujourd’hui un devoir de refuser cet ‘octroi’ royal et de résister à l’hégémonie que la monarchie et ses alliés parmi la classe politique et la société tentent de faire perpétuer à travers ce texte constitutionnel qui ne respecte les moindres aspirations du peuple marocain à la liberté et la dignité. À chacun de prendre ses responsabilités face à ce texte indigne. Pour ma part, par cohérence et à ma modeste échelle, et vu que je n’ai jamais nourri la moindre illusion quant à une initiative initiée par le palais et contrôlée par lui, j’appelle au boycott actif du référendum. Même si devant la machine étatique de propagande et de corruption c’est une minorité qui se positionne en mode de rejet du texte proposé, il est de notre devoir de soutenir cette résistance à la dictature monarchique remodelée en préparation. Le combat doit continuer..
Son of Words
Sunday, June 19, 2011
Devoir de résistance - Boycotter la nouvelle constitution octroyée
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Sunday, June 12, 2011
Mouvement 20 Février – Chronique d’un échec (presque) annoncé
Il est intellectuellement plus confortable de rétrospectivement analyser, évaluer et tenter des explications à une situation politique donnée. Il est a fortiori, alors même que c’est important et même nécessaire, plus confortable de théoriser l’action (la ‘’parxéologiser’’ pour emprunter à Bourdieu) que de la planifier et la mener au jour le jour. Ainsi, il est par exemple plus facile, installé dans le confort de l’observateur distancié, d’ébaucher que l’échec de la gauche socialiste à changer le régime provient de son incapacité durant sa phase révolutionnaire à saisir l’importance de la classe paysanne (dont la célèbre métaphore de Rémy Leveau ‘’Le Fellah Marocian Défenseur du Trône’’ résume comment cette classe était en quelque sorte l’arbitre partial de la lutte entre la monarchie et la gauche socialiste) et d’avoir inconsciemment misé sur une classe ouvrière faible et insuffisamment organisée (en somme d’avoir fait du marxisme à la façon de Monsieur Jourdain); et durant sa phase dite de l’option démocratique, d’avoir mis ses espoirs électoraux dans une classe moyenne embryonnaire qui ne tarda pas à être balayée par les programmes d’ajustement structurels et les coûts de la guerre du Sahara. La gauche marxiste elle, et bien qu’assumant mieux son discours et son cadre d’analyse, n’en commis pas moins les mêmes erreurs de jugement qu’elle aggrava avec son mépris affiché pour la place de la religion dans la société et un mépris égal pour le nationalisme marocain ressuscité par l’affaire du Sahara et ses suites. On aura aussi dans quelques années ou quelques mois tout le loisir de disserter sur les raisons de l’’’échec’’ qui semble annoncé du plus important mouvement de contestation au régime marocain des deux dernières décennies.
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Tuesday, June 07, 2011
Ces Néo-Makhzenistes, Anciens Renégats
Dans sa fresque magico-réaliste ‘’Cent ans de solitude’’, Gabriel Garcia Marquez dépeint avec son art habituel les destins variés des anciens combattants révolutionnaires au lendemain de ce qu’ils considéraient une ‘’paix des braves’’. Le Colonel Aureliano Buendia, principal leader de l’insurrection libérale, se plongea jours et nuits à son village natal Macondo dans une activité sans intérêt visible, dorant et dissolvant à l’infini dans un cycle vicieux de petits poissons en or comme pour échapper à des sentiments paradoxaux de révolte non-éteinte et d’une trahison dont il s’estimait coupable. Quand bien des années plus tard il se rendit à l’évidence que ce n’est autre que l’ordre conservateur qu’il combattit avec acharnement des années durant qu’il avait consenti à rétablir et à légitimer sous le couvert d’une paix injuste, il songea reprendre la lutte. Écoutant sa proposition de remobilisation des troupes libérales pour déclencher une nouvelle insurrection, son ami et compagnon de lutte Gerineldo Márquez n’eut pour toute réponse qu’un impitoyable : ‘’ Aureliano, je savais que tu avais vieilli, mais c’est maintenant que je réalise que tu es plus vieux que tu ne le parais.’’ Gerineldo, infirme et plongé dans une profonde déchéance physique, matérielle et sentimentale, n’en continuait pas moins à vivre, avec bien d’autres anciens combattants libéraux démobilisés, l’humiliation de quémander au gouvernement l’application d’une clause de l’accord de paix prévoyant une pension pour les combattants libéraux qui avaient déposé les armes. Le sort d’une troisième catégorie de combattants, ceux qui avaient refusé l’armistice, fut rapidement réglé. La quatrième et dernière catégorie des anciens révolutionnaires, celle des bureaucrates ou des ‘’Avocats aux longs mentaux noirs’’ contre laquelle le Colonel fut très tôt averti et vis-à-vis de laquelle il ne se faisait de toute manière guère d’illusions, eut un destin bien plus heureux, intégrant les plus hauts échelons de l’ordre combattu, déguisé en une ‘’nouvelle ère’’ consensuelle, en profitant et le servant sans états d’âme. Les opportunistes, c’est bien connu, peuvent profiter aussi bien du triomphe de la révolution que de son échec.
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Sunday, April 24, 2011
II.1 La Cour des Comptes - Un historique
Dans le billet précédent, on a tenté de montrer comment l’une des tares du système institutionnel marocain, tout secteurs confondus, est que les institutions remplissent le plus souvent des rôles de leurre démocratique. Les institutions, comme tout corps vivant, ont besoin d’un environnement hospitalier pouvant favoriser leur développement et leur épanouissement, mais sont aussi, du moins avant que leur mort ne soit officiellement prononcée, d’une étonnante résilience et d’un potentiel d’apprentissage que l’on soupçonne peu. Elles possèdent une mémoire leur permettant d’enregistrer leur expérience historique, une autonomie relative résultat de complexes stratégies de survie, compensant ainsi en partie leur fragilité par rapport à leur environnement externe. Étudier toute institution dans sa réalité d’aujourd’hui, n’a pas de sens – a fortiori au Maroc- à moins de la placer dans sa continuité historique et en analyser aussi bien la dynamique interne que le contexte extérieur.
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Thursday, April 21, 2011
Réflexions sur la place du contrôle des finances publiques dans la nouvelle constitution marocaine : I. Dispositif institutionnel
Le débat constitutionnel dans toute société n’est pas un débat métaphysique abstrait, même si en sombrant dans les méandres d’une technicité inévitable il exclut forcément une large partie de la société, mais une discussion pratique et concrète sur ce que cette institution (car une constitution, on l’oublie souvent, en tant qu’ensemble de règles, de coutumes, de pratiques, est une institution au sens sociologique du terme; c’est même en quelque sorte la mère de toutes les autres institutions de l’État dans toute société dite moderne) est censée refléter en termes de pacte social et de rapports qui lient les groupes sociaux. Il n’est donc pas étonnant que l’élaboration de la constitution ait ainsi aussi bénéficié de la recherche plus générale sur l’élaboration et la mise en œuvre des institutions publiques. La philosophie politique et l’expérience humaine sont, pour schématiser et aller plus vite, arrivés à la conclusion qu’un tel ensemble de règles constitutionnelles générales devrait avoir pour objectif suprême d’assurer la justice dans la société. C'est-à-dire de préserver les droits essentiels des citoyens (nous n’entrerons pas ici dans un débat sur l’universalité, ou non, de certains droits collectifs ou individuels), et de tendre vers ce que l’on appelle communément un équilibre de Pareto, à savoir qu’un nombre maximal de citoyens devraient à travers ces règles réaliser leurs intérêts respectifs sans qu’aucun autre ne soit lésé dans ses droits fondamentaux. La justice, l’efficacité et l’équilibre sont ainsi les maîtres mots qui doivent caractériser tout produit constitutionnel ambitionnant de réguler une société juste et assurant un minimum d’harmonie.
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